Forum des Jeunes Entrepreneurs

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M. Poutouli René Essoheina, Directeur du Département d’Appui à la Création d’Emploi à l’Agence Nationale pour l’Emploi (ANPE) : « Le message essentiel est que ce n’est pas forcément en accédant à l’Université que l’on peut décrocher un emploi, l’entrepreneuriat peut aussi être une voie d’avenir »

M. Poutouli René Essoheina, Directeur du Département d’Appui à la Création d’Emploi à l’Agence Nationale pour l’Emploi (ANPE), une des institutions partenaire de la première édition du Forum des Jeunes Entrepreneurs, nous expliquent les missions de l’ANPE et ses actions concrètes pour lutter contre le chômage des jeunes.


Pourriez-vous partager avec nous les raisons qui ont amené le gouvernement à créer l’Agence Nationale pour l’Emploi (ANPE) ?

M. Poutouli René Essoheina : « C’est dans la perspective de promotion de l’emploi, de la réduction du chômage et du sous-emploi que le gouvernement a élaboré en 2006 une politique cadre de l’emploi. Ceci a mené à la création d’un cadre institutionnel pour sa mise en œuvre qui est l’Agence Nationale pour l’Emploi (ANPE), devenue opérationnelle en 2010. En 2006, l’enquête QUIBB (Questionnaire Unifié de Indicateurs de Base du Bien-être) a révélé que le taux de chômage (sous emploi compris) et celui de la pauvreté atteignaient respectivement 32,9% et 61,7%. Il importait donc de mettre en place différentes actions afin de réduire ces taux en forte corrélation avec le chômage des jeunes. «


Pour arriver à cet objectif de réduction du taux de chômage des jeunes en particulier, quelles sont les actions de l’ANPE ?

M. Poutouli René Essoheina : « Pour atteindre les objectifs assignés à l’ANPE à sa création, trois missions essentielles lui ont été confiées. Tout d’abord, l’ANPE doit servir l’intermédiation entre les demandeurs d’emplois et les employeurs pour permettre l’insertion des jeunes sortis du système éducatif dans les entreprises où les employeurs ne se basaient que sur des données restreintes comme leur carnet d’adresse et leurs connaissances ou encore les cabinets privés de placement pour recruter. L’ANPE répertorie les entreprises et les compétences recherchées puis elle les met en relation avec les demandeurs d’emplois, classés par profils. La deuxième mission de l’ANPE est la production d’informations sur le marché du travail. Ceci permet de fournir aux individus qui voudraient se former, des informations sur les potentialités économiques existant sur le marché et pouvant pourvoir en emploi après une formation. Ainsi, il s’agit de rassembler toutes ces informations et les mettre à la disposition de ceux qui désirent se former afin qu’ils anticipent sur les opportunités d’emploi et aussi aux formateurs pour qu’ils sachent quels contenus de formations proposer aux éventuels étudiants. La troisième mission est la promotion de l’entrepreneuriat. Sur le marché du travail, l’offre d’emploi est souvent inférieure à la demande, puisque le tissu économique national n’est pas capable d’absorber tous ceux qui désirent un emploi salarié. Il importe alors de permettre à ces diplômés d’accéder à l’emploi en créant leur propre entreprise pour leur permettre de devenir non seulement leur propre employeur, mais aussi d’employer les autres. »


Quels sont les secteurs de formation qui faciliteraient l’insertion professionnelle des jeunes formés au vu de vos informations ?

M. Poutouli René Essoheina : « Au vu d’une enquête sur le suivi professionnel des sortants (diplômés)du système éducatif togolais , cohorte 2008, financée par la Banque Mondiale (via PERI) et en prenant en compte les besoins des entreprises ainsi que les perspectives de développement économique du Togo, on peut citer d’abord les métiers du transport et de la logistique compte tenu du développement des infrastructures routières, du Port Autonome de Lomé et de l’Aéroport Gnassingbé Eyadema, et aussi du côté des chemins de fer ainsi que tous les domaines qui s’y réfèrent. Je citerai ensuite les métiers de l’Agriculture puisqu’il y a plusieurs métiers à promouvoir dans ce secteur et certains programmes ont été déjà lancés par le gouvernement, de même que l’élevage et la pêche car nous sommes déficitaires à l’importation des produits carnés. Il y a aussi les bâtiments et travaux publics (BTP) car la modernisation des infrastructures de transport impose des compétences dans le domaine. Le domaine de la médecine, de l’hôtellerie, du tourisme sont aussi porteurs d’emploi. Le constat est que les filières tertiaires connaissent une forte affluence de demande de formation des étudiants, alors que ceux précités manquent de diplômés et de compétences. »


En tant que responsable à l’ANPE, pensez-vous que les conditions sont réunies pour que les jeunes créent leur propre entreprise ?

M. Poutouli René Essoheina : « Je pense que les conditions sont réunies. D’un côté, il y a des difficultés pour pourvoir des emplois aux jeunes à cause de l’insuffisante de dynamisme de notre économie et de l’attentisme des entreprises d’embaucher. D’un autre côté, le climat des affaires s’est amélioré par l’adoption des réformes Doing Business avec l’opérationnalisation du centre de formalité des entreprises (CFE) qui réduit considérablement les coûts et les délais de création. Les contraintes qui rendaient difficiles la création d’une entreprise ont été levées, cela pousse à l’entrepreneuriat. De plus, l’Etat a mis sur pied des structures pour former et accompagner dans la création d’emplois et aussi financer ces initiatives entrepreneuriales. Il y a notamment, le FAIEJ (Fonds d’Aide aux Initiatives Economiques des Jeunes) pour l’accompagnement et le financement; l’ANPE pour le renforcement de capacités de potentiels micro-entrepreneurs et même le FNFI (Fond National de Finance Inclusive) avec ses produits pour aider les plus pauvres à entreprendre les activités génératrices de revenus ».


L’ANPE a été partenaire à la première édition du Forum des Jeunes Entrepreneurs du Togo. Qu’avez-vous retenu de votre participation à la première édition de ce forum?

M. Poutouli René Essoheina : « Nous avons beaucoup apprécié l’initiative car cet événement a été révélateur de talents dans plusieurs domaines en particulier celui de l’informatique comme le gagnant du premier prix. Les organisateurs ont su faire ressortir l’innovation des projets présentés par ces jeunes. Nous pensons que si cette initiative est répétée et que ces jeunes sont accompagnés par les structures en places, ce serait une bonne chose pour la créativité au Togo. »


La deuxième édition se tiendra dans quelques mois. Que souhaiteriez-vous voir évoluer ?

M. Poutouli René Essoheina : « D’abord dans le choix des projets, il faudra insister sur leur caractère innovant, prendre garde sur les copies de projets que ce soit dans le domaine agricole ou autre. Par exemple, une proposition innovante de transformation des produits agricole serait intéressante. Le domaine de l’informatique est aussi à pérenniser, mais aussi le domaine de fabrication de machines-outils pour réduire la pénibilité de certains activités économiques. C’est dans ce sens que nous voyons les améliorations pour cette deuxième édition. L’organisation matérielle et humaine était impeccable, à mon avis, lors la première édition »


Au vu des opportunités et reformes que les gouvernants opèrent, quel message souhaiteriez-vous adresser à la jeunesse concernant l’entrepreneuriat ?

M. Poutouli René Essoheina : « Le message essentiel est que ce n’est pas forcément en accédant à l’Université qu’on peut décrocher un emploi décent. Il se peut même que votre génie ternisse si vous n’avez pas d’emploi après les études supérieures. Il faudrait donc s’insérer dans le processus des réformes en cours pour s’orienter vers les formations techniques et professionnelles avec pour idée principale de se créer sa propre entreprise. La difficulté est la réadaptation si on s’est mal orienté dans le choix de sa formation. J’encourage donc les jeunes à aller vers l’emploi indépendant car ils seront moins déçus de leur passage dans le système éducatif que de s’orienter exclusivement vers les filières débouchant sur l’emploi salarié.
Je vous remercie. »

 

 

Interview réalisée en collaboration avec le media en ligne L-FRII, (www.l-frii.com)